Avortement et canon (2/2)

De même, pour l’avortement, le Droit canon ne prévoit pas qu’il faut un prêtre spécialement désigné pour l’absoudre, sauf en cas d’excommunication (ce qui, dans la pratique, est très rare, vu l’ensemble des conditions pour que celle-ci ait lieu…). Pourriez-vous me mettre les références exactes indiquant que l’avortement entraine une excommunication ? (2/2)

Nous sommes au regret de dire très clairement que cette affirmation, car c’en est une bien plus qu’une question, est erronée.

Comme vu à la question précédente, il y a une façon très simple et canonique de répondre. Le canon précisant que commettre un avortement entraine une excommunication est le canon 1398. Non seulement participer activement à un avortement – ce qui inclut la mère, mais aussi, par exemple, le corps médical – entraine une excommunication, mais en plus, cette excommunication est latae sententiae. C’est-à-dire qu’elle est automatique, même sans jugement de l’Eglise et effective dès que l’acte est commis.

Pour ce qui est de l’homicide en général, le canon 1397 renvoie à d’autres canons, les sanctions étant différentes selon les circonstances, qui est l’auteur et qui est la victime de l’homicide. Il n’en reste pas moins que des peines d’excommunication pour homicide sont non seulement possibles mais courantes dans l’histoire de l’Eglise.

Mais, comme indiqué à la réponse précédente, le Magistère ne se limite pas au Droit canon. Nous invitons le lecteur à lire, entre autres, l’Encyclique Evangelium vitae de St Jean Paul II, sur ces questions d’avortement. L’avortement faisait partie, jusqu’en 2015, des péchés réservés à l’évêque ou aux confesseurs qu’il désigne. Vue sa gravité, son absolution dans le sacrement de réconciliation demande en effet un discernement fin pour savoir s’il y a bien imputabilité de la faute (ce qui n’est pas le cas pour une personne privée de raison, de moins de 16 ans, agissant sous la contrainte, ignorant le fait même qu’il y avait transgression etc. Plusieurs cas sont prévus). Ces cas existent mais il n’est pas soutenable de dire que l’excommunication est « très rare » en pratique.

Enfin, le Pape François a décidé que tous les prêtres pourraient absoudre les avortements pendant l’Année de la Miséricorde, puis a pérenniser en 2016 cette décision. C’est donc un changement à la situation jusqu’en 2015, qui prévoyait bien des prêtres spécialement requis pour le faire.

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Commentaires

  1. Bruno Jacobs

    L’affirmation que vous dénoncez comme une erreur est tout à fait correcte, car :
    1. Pour qu’une excommunication latae sentientiae ait effectivement lieu, le droit canon précise toute une série d’autres conditions qui, dans la pratique, sont rarement réunies. La personne ne doit pas avoir agi sous l’effet de la pression, devait avoir 18 ans accomplis et connaissance de la peine au moment des faits, alors que la plupart des femmes ne savent même pas ce qu’est l’excommunication…
    2. Quant aux médecins, pour être excommunié, il faut d’abord être dans la communion de l’Eglise avant les faits. Quelqu’un qui est déjà sous l’effet de la peine ou qui n’a jamais été en communion avec l’Eglise ne peut logiquement pas être excommunié. Or, la plupart des médecins qui pratiquent l’avortement ne sont pas en communion avec l’Eglise.

    Conclusion : les conditions pour qu’une peine latae sententiae ait lieu sont rarement réunies dans les faits. Et même si c’est le cas, tout prêtre peut en délier au for interne.

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