Bible et science

Il y a une thèse insidieuse chez les cathos, c’est de la nécessité d’ajuster les représentations bibliques aux réalités scientifiques. C’était notamment la thèse de Brunor, autor des “indices pensables”, pour présenter aux ados sous forme de BD des réflexions philosophiques (un peu sèches, disons-le) sur la foi chrétienne. Brunor avait été dénoncé dans l’Homme Nouveau par un professeur polonais, et s’était très vilainement défendu : là où le professeur relevait les failles du raisonnement, Brunor se défendait en rappelant qu’il était nommé dans l’Eglise de France responsable de ceci ou de cela… sans répondre sur le fond. Arguments d’escroc. Passons. La phrase : “[des éléments bibliques] heurtent nos connaissances scientifiques.” mérite d’être nuancée. Il faudrait parler des “hypothèses scientifiques en vigueur actuellement”, celles-ci étant très faibles. Et demain elles auront changé. Un entrefilet, passé inaperçu dans sciences et vie, expliquait qu’on venait de découvrir dans une même grotte autour de restes d’un même feu des restes d’Homme de Néanderthal, de Cro-Magnon, et un Sapiens. Or les trois étaient censés ne jamais s’être connus, et la disposition de leurs restes indiquaient clairement qu’ils appartenaient à une même communauté de vie. Cela n’a pas fait la Une du 20h, et ma mémoire peut me tromper sur certains détails de l’histoire. Le fond du message étant : nos connaissances scientifiques ne sont pas égales en solidité, et la paléontologie est clairement un domaine où il y a beaucoup d’inconnues. Par exemple, l’homme est censé n’avoir jamais connu les dinosaures. Or depuis que les historiens (des scientifiques donc) ont très sérieusement la tradition orale dans les années 70, on se demande d’où vient la légende des dragons ? Et la description de Léviathan au chapitre 40 de Job ressemble quand même beaucoup à un dinosaure de grande taille. Ce ne sont que des hypothèses et des questions. Mais s’imaginer qu’il y a d’un côté des connaissances sûres et fiables (la paléontologie) et de l’autre une vision romancée de la réalité (la Bible), c’est aller un peu vite en besogne. Bien sûr la Bible n’est pas faite pour être toujours et partout prise au pied de la lettre (Création en 7 jours ou en 7 milliards d’années ? Qui peut le dire ?). Mais la paléontologie n’est pas beaucoup plus avancée sur beaucoup de sujets, contrairement à ce que veulent faire croire péremptoirement les ennemis de l’Eglise.

 

Il nous semble que nous évitons les deux écueils de cette question, qui commente https://reponses-catholiques.fr/adam-et-eve-etaient-ils-noirs-1-3/.

 

1° D’une part, nous parlons bien de « connaissances scientifiques », avec ce que cela suppose d’évolutions possibles. Une connaissance scientifique est toujours à un moment t et peut être réfutée si de nouvelles preuves sont produites. Elles peuvent bien être réfutées à l’avenir. Pour être plus précis, nous pouvons écrire volontiers « nos connaissances scientifiques actuelles ». Et encore mieux, pour être encore plus prudent : « les connaissances scientifiques partagées par un consensus assez large de scientifiques reconnus dans leur discipline, même si elles sont contestées par d’autres ».

 

2° D’autre part, il nous semble exprimer clairement de ne pas tomber dans le travers de faire coller la Bible à la science lorsque nous écrivons : « D’autre part, la Bible n’est pas un traité de paléontologie et elle a été écrite avec les connaissances des hommes de l’Antiquité. » Nous n’entrons donc pas dans les débats entre paléontologues, nous n’avons jamais prétendu être compétent pour cela.

 

3° Mais pour répondre plus précisément, à ces deux questions-ci, il nous semble qu’il ne faut pas tomber dans le travers inverse : faire coller la science à la Bible et conclure qu’il y avait des dinosaures cohabitant avec les hommes parce que la Bible évoque le Leviathan. Surtout que la description est, de l’avis de certains biblistes, plutôt un crocodile qu’un dragon.

 

En outre, spéculer sur la Création en 7 milliards d’années et non 7 jours, c’est essayer, justement, de faire coïncider le récit de la Genèse avec la science. Ca ne marche pas : les connaissances scientifiques (nous précisons : majoritaires actuelles) voient la formation de l’univers autour de 13 ou 14 milliards d’années et la terre plutôt 4 ou 5. On peut contester ces données et, encore une fois, nous ne prétendons pas être compétents pour cela. Mais comment faire coller à 7 jours ? Considérer que 14 milliards, c’est 2 fois 7 milliards ? On voit bien qu’on s’embarque dans de la numérologie que la mystique juive a essayé de faire avec les septénaires d’années du livre de Daniel ou d’autres écrits apocalyptiques. Ca ne mène à rien.

 

4° Ceci dit, quand science et exégèse se confirment mutuellement, il ne faut pas renoncer à le dire. La tendance scientifique dans les études bibliques a longtemps été de dire que de nombreux personnages de l’Ancien Testament, dont le roi David, n’ont en fait jamais existé. Or, la découverte d’une stèle portant son nom et datant des alentours de l’an 1000 av. J.-C. confirme qu’il était un roi bien réel.

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