Est-il obligatoire de porter un voile à la messe (suite) ?

D’abord la première chose qui saute aux yeux d’un professeur d’histoire de l’Eglise, c’est qu’il n’existe pas de pape Clin ou Saint Clin… Il est donc difficile de faire remonter un usage à un personnage inexistant. Et il est difficile de développer les usages du temps d’un pape qui n’a pas existé : votre argumentation ne tient donc pas ! Deuxièmement, Saint Paul en parle dans l’épître aux Corinthiens, vers les années 50 donc, alors que les apôtres sont encore en vie (sauf St Jacques le Majeur) et que St Paul dit bien que c’est un usage des Eglises chrétiennes, incontestable, contre lequel donc les femmes de Corinthe converties au christianisme n’ont pas de raison valable de remettre en cause. Troisièmement, une chose à laquelle le droit canonique n’oblige pas, n’est pas une chose interdite : votre réponse “D’ailleurs, le Code de droit canonique de 1983 ne contient plus cette obligation. Ce n’est pas sur https://www.reponses-catholiques.fr que nous irons contre l’autorité du Magistère.”. Il n’y a aucune autorité du Magistère qui dise qu’il est interdit que les femmes soient couvertes à l’Eglise. Là encore votre argumentation est “bidon”. L’Eglise ne peut pas désavouer ce qu’elle a imposé pendant des siècles. Votre argumentation sur la mantille est encore un sophisme : qu’il y ait une grande diversité de couvre-chefs et que certains apparaissent à une date tardive ne signifie en aucune manière qu’avant leur apparition les femmes étaient découvertes à l’Eglise… Le texte de l’épître aux Corinthiens en fait foi. Pourquoi le droit canon devrait il prescrire ce pour quoi un Apôtre – et non le moindre – fait une règle ? L’autorité de l’Apôtre ne suffit-elle pas ? Le second concile du Vatican dans la constitution “Dei Verbum” sur la Sainte Ecriture rappelle, selon la doctrine catholique pérenne et constante, que “puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut” (mais je vous renvoie à tout le chapitre 11 dont cette phrase est extraite). Les phrases de St Paul dans l’épître aux Corinthiens au sujet de l’obligation faite aux femmes d’être couvertes font-elles oui ou non partie des Ecritures ? Si c’est oui, le concile Vatican 2 ne vous laisse pas le choix ce sont des assertions du Saint Esprit et non pas des tocades d’un machiste prénommé Paul, non ? Dès lors comment, sans aller contre le Saint Esprit, prétendre que cette obligation est nulle et non avenue ?

Pour commencer, nous remercions l’auteur de cette question de nous signaler notre étourderie : effectivement, dans notre article https://reponses-catholiques.fr/est-ce-obligatoire-de-porter-une-mantille-ou-un-voile-a-la-messe/, nous avons repris la référence à « St Clin » contenue dans la question. Nous supposons qu’il s’agit de St Clet, le troisième Pape après Lin. La personne qui nous interrogeait a sans doute fait un amalgame Lin+Clet = Clin. Si c’est le prêtre traditionnaliste en question qui lui a parlé de « St Clin » cela interroge encore plus sur ses connaissances historiques. Mais passons. Nous avons, du coup, corrigé notre réponse.

S’il s’agit bien de St Clet, il a vécu au Ier siècle. D’une part, nous n’avons pas trouvé de trace de sa « règle » et nos contradicteurs, apparemment non plus. D’autre part, le débat est intense dans les siècles suivants sur le port du voile des femmes ou non. En particulier Tertullien milite pour son port mais tous ne sont pas de son avis (rappelons que Tertullien a viré ensuite dans l’hérésie montaniste, dont les adeptes prétendaient avoir des charismes directs du St Esprit ayant plus d’autorité que le Magistère, et qu’ils interprétaient certains préceptes à la lettre, au point de se castrer pour se rendre “eunuques pour le Royaume”). Preuve que ce n’est pas tant une règle que cela un siècle et demi après Clet (le lecteur lisant l’anglais qui souhaite un panorama détaillé de la question peut lire E. Ferguson, “Of Veils And Virgins: Greek, Roman, Jewish, And Early Christian Practice”, Restoration Quarterly, 56 (2014), 223-243.) Voilà pour l’argument historique.

Ensuite, « Les phrases de St Paul dans l’épître aux Corinthiens au sujet de l’obligation faite aux femmes d’être couvertes font-elles oui ou non partie des Ecritures ? Si c’est oui, le concile Vatican 2 ne vous laisse pas le choix ce sont des assertions du Saint Esprit. » Certes. Mais invoquer le Saint-Esprit ne dispense pas du travail de son esprit à soi et de lire nos propos avant de les contester. Car, ce que nous contestons, nous, c’est l’interprétation de 1 Co 11 qui imposerait le port du voile aux femmes. Nous démontrons qu’il n’en est rien dans notre article https://reponses-catholiques.fr/couverture-des-femmes-a-la-messe/.  Or, le port du voile et de la mantille s’appuient bien sur la traduction de peribolaiou en « voile ». Une mantille, un chapeau, un béret, un bandana, une barrette, un chouchou, ce n’est pas pareil qu’un voile. Donc, il faudrait savoir : St Paul parle d’un voile ou non ? Il y a donc déjà distorsion dans l’interprétation du texte pour les porteuses de mantille. Voilà pour l’argument scripturaire.

Plus gênant, en 1 Co 11, 4, St Paul nous dit que « Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef. » Or, à partir du Moyen-Age, les clercs ont adopté l’usage de porter une calotte pour protéger leur tonsure du froid. Tous les clercs peuvent en porter une, même si l’usage n’est obligatoire que pour les évêques et les cardinaux depuis St Paul VI. C’est clairement une infraction à une lecture littérale de 1 Co. Donc, il faudrait lire l’Epitre littéralement pour obliger les femmes à se voiler et on pourrait l’interpréter librement pour que ces messieurs n’aient pas froid à leur petite tête ? L’auteur de la question se rend-il compte de ce qu’il laisse entendre ?

« Une chose à laquelle le droit canonique n’oblige pas, n’est pas une chose interdite (…) Il n’y a aucune autorité du Magistère qui dise qu’il est interdit que les femmes soient couvertes à l’Eglise. Là encore votre argumentation est “bidon”. » Nous sommes au regret de dire que c’est cette objection-ci qui est carrément « bidon ». Car nous avons écrit https://reponses-catholiques.fr/couverture-des-femmes-a-la-messe/ « Si une femme laïque souhaite porter une mantille à la messe, libre à elle. » Mais la question de https://reponses-catholiques.fr/est-ce-obligatoire-de-porter-une-mantille-ou-un-voile-a-la-messe/, était de savoir si « c’était une règle. » La réponse est non, une femme n’est pas obligée de porter un voile ou une mantille à la messe.

En revanche, nous rappelons qu’une femme qui n’est pas vierge ne doit pas porter un voile ou une mantille blanche.

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Commentaires

  1. Josiane Faidherbe

    En tant qu’octogénaire j’aimerais dire que durant des années une femme ne devait pas sortir sans gants et sans chapeau (ou autre coiffure). Il va de soi qu’il ne nous serait pas venu à l’idée d’entrer dans un lieu saint sans chapeau car il se serait alors agi d’un manque total de respect. D’autre part les hommes ne devaient pas sortir sans chapeau (ou autre coiffure), chapeau qu’ils devaient retirer devant une personne qu’ils voulaient honorer. Donc, ils retiraient le chapeau en entrant dans une église. Aujourd’hui ces coutumes ont disparu dans la vie courante et rares sont les lieux de culte qui s’y réfèrent encore.

  2. L'ermite

    On aimerait aussi plus d’intériorité et moins de littéralisme ou de formalisme. Qu’une femme veuille se couvrir la tête pour se “créer une solitude” (expression de Claire Ferchaud), et le temps de l’office se rendre disponible uniquement à Dieu, mettre en pause la séduction humaine le temps d’une messe, c’est ce que je souhaite à mes filles, sans toujours les convaincre. Non que le voile soit indispensable : simplement on aimerait lire plus d’arguments basés sur le coeur à coeur avec Dieu, plutôt que sur l’application de tel ou tel texte ou réglement.

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