Evangéliser avec la langue du XXIe siècle ou du XXe?

Serait-il possible d’avoir du texte en français du vingtième siècle ? Je voulais lire rapidement un de vos articles et je n’ai rien compris. Pour le comprendre il me faudrait un dictionnaire des mots du 21 ième siècle. Je suppose que vous voulez être moderne mais pour moi, “vieille croulante” née en 1938, être moderne ne veut pas dire “détruire la langue française” au profit de je ne sais quel modernisme. Merci de ne pas me faire grief de cette réflexion mais d’en tenir compte pour ne pas détruire notre français.

 

Déjà, nous sommes très heureux que nos articles soient considérés comme écrits dans la langue du XXIe siècle. Comme c’est le siècle où nous sommes, cela indique que nous ne sommes pas à côté de la plaque linguistiquement. Notre site s’adresse à tout le monde, donc il faut pouvoir être compris par le maximum de lecteurs. Et le plus simple pour cela est de parler la langue la plus répandue parmi les lecteurs, celle du moment.

 

En revanche, nous ne savons pas quoi répondre à « détruire la langue française ». Il nous arrive de faire des fautes de français ou simplement des fautes de frappe. Si l’auteur de la question en détecte, qu’elle nous les indique, nous les corrigerons. C’est déjà arrivé (en fait, ce sont des fautes de déclinaison latine qu’on nous faisait remarquer mais la question n’est pas là). Si elle ne comprend pas certains mots ou même un article entier, qu’elle nous pose la question. Nous donnerons volontiers de nouvelles explications. Notre dernier article était d’ailleurs une explication d’un article précédent qu’un lecteur nous disait ne pas avoir compris. Nous évitons aussi au maximum le franglais dont, effectivement, certains contemporains nous abreuvent. Mais certains mots anglais sont entrés dans l’usage courant et il est difficile de ne pas les employer si on veut, justement, être compris. On peut dire « ordiphone » plutôt que smartphone. Mais il faut être sûr que tout le monde comprendra !

 

Cette question soulève le thème théologique de l’inculturation. En effet, les langues évoluant, vaut-il mieux parler et écrire dans la langue comprise par le plus grand nombre ou fixer l’expression ? Il nous semble que l’Eglise a répondu à cette question dès le Ier siècle. Le Nouveau Testament est écrit en grec, la langue internationale de l’époque. Et d’ailleurs, il était écrit en ce qu’on appelle le grec biblique, le grec du Ier siècle, plus simple que le grec classique du Ve siècle av. J.-C.. Les évangélistes n’ont pas cherché à faire du Platon ou du Démosthène ! Les textes sacrés ont été traduits d’hébreu en grec, dès le IIIe siècle av. J.-C., pour donner la Septante, l’Ancien Testament en grec. Plusieurs livres de l’Ancien Testament ne nous sont connus qu’en grec. Soit parce qu’ils ont probablement été écrits directement en grec, comme le Deuxième livre des Maccabées, soit parce que l’original en hébreu a été perdu, comme le Premier livre des Maccabées.

 

St Jérôme a traduit la Bible en latin pour ceux qui ne comprenaient ni le grec ni l’hébreu. Et ainsi de suite dans toutes les langues. Les versions de la Bible dans les différentes langues sont d’ailleurs régulièrement révisées, tout comme l’ordinaire de la messe, qui l’a été lors de l’Avent 2021. Les missionnaires ont toujours appris la langue des peuples qu’ils évangélisaient, rédigé des dictionnaires de traduction de ces langues etc. Bref, annoncer la Parole de Dieu suppose d’utiliser la langue d’ici et de maintenant.

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Commentaires

  1. Je crains que la question ne résulte d’un ressenti et qu’elle n’aille plus au fond. C’est à dire à ce qu’il est commun de qualifier de “nouveau paradigme” (c’est à dire la façon commune de comprendre les choses) du fait de la profondeur nouvelle que notre vision a de certaines choses. Ce qui nous oblige à user d’outils materiels et mentaux nouveaux aux jargons propres, jargons qui font parfois “tache d’huile” car nous apportant des métaphores nouvelles et plus usuelles à certains.

    En fait un “paradigme” résulte d’un ressenti commun de la multitude, “cadre de référence” en est l’équivalent personnel. Or ce qu’il se passe est que notre perception ordinaire à être plus profonde nous habitue à une vision plus étendue et par-là plus complexe. Il s’en suit que nos cadres de référence peuvent plus facilement différer. D’autant qu’ils sont ceux de ce qu’Ampère a appellé le mnème (l’ensemble des traces du passé qui affleure au présent et conditionne en partie l’avenir). Nous avons tous des mnèmes différents et donc des ressentis du passé et du présent différents et de appréhensions différentes de nos possibles. C’est le problème central de l’humanité auquel répond l’eucharistie qui est une réponse aimante unique “pro vobis (chacun de nous) et pro multis (pour la multitude)”. Aujourd’hui ce que nous découvrons c’est que tous les chacuns sont liés au sein de la multitude (Tout est lié, Laudato si) par une “interligence” qu’il nous faut approfondir (réflexion synodale), qui est en fait la Gloire de Dieu. En grec un maillage, un réseau se dit diktyo : c’est pourquoi nous pouvons qualifier notre temps où la notion de réseau (de transport, neuronal, numérique, charitable, éclésial, etc.) est partout (ça a commencé au milieu du XIXe) de “diktyocène”. Cela veut dire une raison élargie où l’effet ne suis pas linéairement une cause selon le principe du tiers exclu, mais résulte d’une multitude maillée de choses advenues (tous tiers considérés) en leur lieu et temps (souvenons nous de Galate 4:4 : lorsque les temps furent accomplis). Il me semble que le Concile est advenu en son temps de cet élargissement si l’on considère nos environnements scientifiques, philosophiques, sociétaux, économiques, etc.

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