Grignon de Montfort a-t-il tort d’être esclave de Marie ?

J’ai une grande dévotion à la Sainte Vierge et surtout à son Coeur Immaculé. Pourtant, je n’ai jamais pu accepter la spiritualité montfortaine. J’ai plusieurs fois essayé de lire son traité ”De la vraie dévotion”, et chaque fois j’ai été scandalisé. J’aime les cantiques de St. Louis de Montfort, j’aime son zèle apostolique, mais je ne comprends pas son idée de ”l’esclavage”: devenir esclave volontaire de Marie. Il y a déjà une prohibition formelle de servir qui que ce soit autre que Dieu et que St. Paul nous parle d’un seul et unique médiateur – le Christ. Je connais les arguments montfortains, mais ils me paraissent tout simplement justifier une émotion. Pourriez-vous m’éclairer là-dessus ?

Pour les lecteurs peu familiers de la spiritualité de St Louis-Marie Grignon de Montfort, recitons son texte le plus essentiel, la consécration à Jésus par Marie :

« Je vous choisis, aujourd’hui ô Marie, en présence de toute la cour céleste,

pour ma Mère et ma Reine.

Je vous livre et consacre, en toute soumission et amour,

mon corps et mon âme, mes biens intérieurs et extérieurs,

et la valeur même de mes bonnes actions passées, présentes et futures,

vous laissant un entier et plein droit de disposer de moi,

et de tout ce qui m’appartient, sans exception,

selon votre bon plaisir, à la plus grande Gloire de Dieu,

dans le temps et l’éternité. Amen. »

Il résulte plusieurs points importants :

  • Si certains appellent cette prière « Consécration à Marie », elle est en fait à Jésus, donc il n’y a aucune remise en cause que Jésus est l’Unique Médiateur
  • La consécration est « pour la gloire de Dieu », pas celle de Marie
  • Marie est prise comme « mère » et « reine », ce qui n’est jamais, ni plus ni moins que l’Ecriture. Marie devient la mère de tout disciple symbolisé par le disciple au pied de la Croix en Jn 19, 26. Et elle est bien reine couronnée d’étoiles en Ap 12, 1. Ce n’est pas pour rien qu’un des mystères du chapelet est son couronnement. A ce compte-là, ce n’est pas seulement la spiritualité de St Louis-Marie qu’il faudrait contester, c’est le chapelet lui-même
  • Il est sûr que le terme d’esclave est choquant pour nos cultures. Mais c’est bien de cela qu’il s’agit. La traduction en « serviteur » ou « servante » édulcore le sens réel. Quand Marie dit « Je suis la servante du Seigneur », en grec, « servante », c’est doulè, c’est-à-dire mot-à-mot « esclave ». Idem quand l’Epitre aux Philippiens dit « Prenant la condition de serviteur ». Il s’agit bien d’ « esclave »
  • Et non, le Seigneur ne nous commande pas de ne servir que Dieu. Il commande de nous servir les uns les autres et, en particulier, de servir les plus fragiles. Marie est une femme, elle entre donc bien dans ce commandement.

Ceci dit, il y a des goûts et des couleurs en matière spirituelle aussi et tout le monde ne va pas être touché par la spiritualité montfortaine. Personne n’est obligé d’y adhérer. Aucune spiritualité ne s’impose au catholique qui est fidèle à la foi de l’Eglise.

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