Jésus et la nullité du mariage

Qu’a dit Jésus sur le divorce ? Autre question : Jésus-Christ, a-t-il parlé de « nullité » du mariage ?

Cette question commente notre article https://reponses-catholiques.fr/annuler-son-mariage-en-ligne/. Sur le premier point, les paroles du Christ sont connues : « En ce temps-là, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : ‘Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?’ Jésus leur répondit : ‘Que vous a prescrit Moïse ?’ Ils lui dirent : ‘Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation.’ Jésus répliqua : ‘C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle. Mais, au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas !’ De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur déclara : ‘Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère.’ » (Marc 10, 2-16) et son parallèle, avec une nuance de taille en Mt 19, 4-12 : « Il répondit: ‘N’avez-vous pas lu que le créateur, au commencement, fit l’homme et la femme et qu’il dit: C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair? Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint.’ ‘Pourquoi donc’, lui dirent-ils, ‘Moïse a-t-il prescrit de donner à la femme une lettre de divorce et de la répudier ?’ ‘Il leur répondit : ‘C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; au commencement, il n’en était pas ainsi. Mais je vous dis que celui qui répudie sa femme, sauf pour infidélité, et qui en épouse une autre, commet un adultère.’ Ses disciples lui dirent : ‘Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier.’ Il leur répondit: ‘Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne.’

Ce qui nous amène au deuxième point. Le terme de « nullité » d’un mariage n’est pas mis dans la bouche du Christ dans les Evangiles. Mais on comprend de ses propos qu’il y a des mariages nuls et des empêchements au mariage. En effet, Il exprime un point de vue différent de la Loi sur la question du divorce mais pas sur les conditions de validité d’un mariage. Et, dans la Torah, il y a bien des conditions de validité. Par exemple sur les mariages interdits car considérés comme incestueux ou la majorité religieuse des conjoints. Le mariage d’enfants plus jeunes est interdit. Nous allons y revenir.

Le Christ dit aussi « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ». Encore faut-il que ce soit bien Dieu qui ait uni, et donc qu’il n’y ait pas d’erreur ou de fraude. Il ne s’agit pas seulement d’appliquer une procédure. Par exemple, Saül a beau faire un sacrifice en respectant les règles en 1 S 13, 9, Dieu refuse le sacrifice car Saül n’est pas habilité à le faire. Ou encore, pour en revenir au mariage, St Jean-Baptiste dit bien à Hérode Antipas que son union incestueuse avec la femme de son frère n’est pas valide (Mc 6, 17). Selon Jean-Baptise, Hérode aurait donc dû se séparer d’Hérodiade.

La question des eunuques est aussi intéressante : Jésus évoque différentes catégories d’eunuques en faisant suite à la remarque de ses disciples sur le fait de ne pas se marier. Il en ressort clairement que les eunuques sont exclus du mariage. Traduits en termes actuels, l’impuissance est bien une cause de nullité. Tout comme l’homosexualité : en Lc 17, 26-37, la différence entre le temps de Noé et le temps de Loth, c’est qu’à Sodome, on ne se marie pas.

Le droit canon du mariage s’appuie donc sur l’Ecriture et la tradition hébraïque. Il humanise aussi des règles archaïques : consentement des deux époux, ce qui est un droit majeur, surtout pour les femmes, âge du mariage retardé à 14 ans ou l’âge légal dans le pays des noces (qui, dans la plupart des pays, est bien supérieur à 14 ans, Dieu merci). Il est passé à 18 ans pour les filles en France depuis quelques années et  c’est aussi l’âgé légal de nombreux autres pays comme le Maroc. Le Christ ne dit rien de l’âge du mariage, sur l’inceste ou sur le consentement. Dans la Torah, l’âge légal du mariage d’une fille est de 12 ans et demi. En droit romain, c’était 12 ans. Pour l’Eglise, c’est 14 ans ou l’âge légal civil s’il est supérieur. Parce que Jésus n’en a pas parlé, il faudrait marier les filles à 12 ans ? Parce qu’Il ne dit rien sur l’inceste, il faudrait autoriser les unions entre père et fille ? Parce qu’Il ne s’est pas prononcé sur le consentement, on pourrait marier les filles de force ? Nous laissons la responsabilité de ces abominations à d’autres traditions religieuses et rendons grâce à Dieu qu’il y ait une Eglise de Dieu pour avoir l’autorité de les déclarer contraires à la dignité humaine.

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Commentaires

  1. Pierre FONGARNAND

    très concerné par cette délicate question, je vous remercie vivement de la clarté de ces explications.

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