Jouer au prêtre ?

Pourriez-vous me donner votre sentiment sur un sujet qui me tourmente. J’ai échangé avec des mamans traditionnalistes qui me disaient que leurs petites filles jouaient “à faire le prêtre qui dit la messe”. Comme je leur ai indiqué que cela me semblait anormal voire malsain, elles m’ont dit que je délirais, que j’étais ridicule dans mes propos, que ce n’était qu’un jeu et que peu importait que ce soit une fille dans la mesure où cette dernière sait très bien que seuls les hommes sont des prêtres. Elles donnaient comme exemple que les petites filles jouent le rôle du papa dans leur jeu ou encore celui du prince quand les garçons sont absents. J’ai tenté de leur faire comprendre que l’imitation d’un prêtre disant sa messe n’a rien à voir avec le fait de jouer au papa et à la maman, au prince et à la princesse ! Pour moi ce n’est pas un jeu mais le sacrifice non sanglant de notre Seigneur et il me semble que tolérer que ce rôle soit tenu par une fille n’est pas sain ! Cela peut aussi inciter plus tard à l’acceptation de la prêtrise pour les femmes, surtout en cette époque tellement perturbée que nous vivons …. Mais il parait que je suis stupide d’être aussi peu tolérante vis à vis des enfants qui font cela innocemment ! Pensez-vous que ce soit vrai ?

Il nous semble que ce n’est pas tant le fait que ce soient des filles qui jouent au prêtre, mais que ce soient des personnes non ordonnées. Le sacerdoce n’est effectivement pas un jeu, comme jouer au prince et à la princesse. Que ce soit pour des garçons ou des filles. Pourquoi ? Parce que dans ce jeu, garçons ou filles peuvent dire les paroles de consécration, les paroles relatives aux autres sacrements (par exemple de Réconciliation) etc. Cela ne convient pas de jouer avec. Plus que le problème d’inciter ces petites filles à vouloir devenir prêtre, il nous semble que le risque principal est d’alimenter l’idée qu’il n’y a pas besoin de prêtre du tout, puisque des laïcs remplissent très bien leur rôle.

Bien sûr, il ne faut pas être trop sévère avec de tous petits enfants. Mais il nous semble qu’un enfant catéchisé, encore plus s’il a fait sa Première communion, doit pouvoir comprendre d’éviter ce jeu-là.

Ce qu’il convient d’honorer pour ces petites filles, cependant, c’est leur goût pour la liturgie et leur désir de vivre leur foi chrétienne que reflète ce jeu. On pourrait par exemple nous objecter que, pour des garçons, cela peut nourrir leur désir d’être prêtre plus tard. Mais le meilleur moyen n’est pas le jeu. Pour eux, une voie qui a fait ses preuves reste d’être servant d’autel. Bien sûr, un enfant a besoin de jouer et le service de l’autel est une chose très sérieuse. Mais il ne faut pas se leurrer. Il est évident qu’il y a une pointe ludique pour un enfant à promener des cierges allumés, à porter la croix de procession, encore mieux à balancer l’encensoir. Le plus rigolo étant d’agiter la sonnette à la consécration, même si le servant le fait très dignement.

Pour les petites filles, devenir servante d’assemblée pourrait nourrir leur désir de davantage vivre la messe. S’il n’y en a pas dans leur paroisse, pourquoi ne pas en parler au curé et se proposer pour animer un groupe ?

Tout ce qui peut nourrir le goût pour la prière et la liturgie des enfants, garçons ou filles, peut être bon : intégrer une chorale, fréquenter des monastères et s’initier aux offices. Pourquoi ne pas passer un temps de retraite en famille dans une abbaye ? Certaines, comme celle de Landevennec, ont des lieux à part pour les familles voulant être relativement autonomes, tout en dosant leur participation à la vie des retraitants : offices et repas en silence de temps en temps, repas en famille dans la maison d’accueil ou à l’extérieur le reste du temps. Pour un garçon, ce peut être une forte expérience de manger au réfectoire des moines. Pour les filles, un repas en silence dans le réfectoire des retraitants est déjà aussi une expérience particulière.

Enfin, être prêtre n’est pas que célébrer les sacrements. Si c’est la dimension pastorale du sacerdoce qui alimente le jeu de ces petites filles, tout mouvement d’Eglise où garçons ou filles pourront prendre des responsabilités est un excellent lieu, à la fois éducatif et ludique : le scoutisme, évidemment, ou selon les sensibilités spirituelles, le Mouvement eucharistique des jeunes, les sessions de Paray-le-Monial, les camps des Légionnaires du Christ/Regnum Christi ou de l’Opus Dei etc.

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Commentaires

  1. Ce “jeu” n’est pas nouveau. J’ai retrouvé dans les affaires d’un grand oncle un coffret contenant tout ce qu’il faut : etolette, petit ciboire, patène, burettes…

  2. J’ai lu quelque part que le jeune Josef Ratzinger “jouait” à la messe avec son frère et que sa mère lui avait cousu une chasuble à sa taille.
    J’ai aussi vu dans un musée une panoplie d’objets “liturgiques” pour enfant, une sorte de dînette pour messe.
    Moi aussi j’ai “joué” à la messe étant enfant, mais c’était un “jeu” sérieux et non un amusement. Mais en grandissant un peu, j’ai pris conscience que je n’étais pas ordonné, je me suis donc contenté de sortes de liturgies de la parole, mais tout cela a quand même contribué à me faire connaître la liturgie.

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