L’oecuménisme est-il évangélique (suite)?

La nouvelle conception de l’oecuménisme n’est pas assez connue ni comprise en tant que conception bien différente de la conception antérieure, pour ne pas dire très divergente de cette conception antérieure. En effet, nous avons connu pendant longtemps, officiellement jusqu’à Pie XII, un oecuménisme réintégrateur, partisan du retour des personnes chrétiennes non catholiques dans l’Eglise catholique, déjà UNE, sainte, catholique et apostolique, et nous connaissons, encore plus depuis le Concile Vatican II que depuis l’entre-deux-guerres, un oecuménisme agglomérateur, partisan d’un genre de confédération ou d’une sorte d’urbanisation des relations entre les diverses et nombreuses confessions chrétiennes. C’est le consensus fraternel sans correction fraternelle. En ce sens, il est possible de dire que nous sommes passés d’un oecuménisme intransigeant à un néo-oecuménisme accommodant, d’autant plus que ce néo-oecuménisme est d’inspiration ou d’origine protestante libérale, Schleiermacher en ayant été, pour ainsi dire, le précurseur. Or, ce qui découle d’une authentique inspiration évangélique est-il aussi souvent accommodant que ce néo-oecuménisme, particulièrement propice à la perte de goût pour le maintien en vie de l’explicitation de la spécificité de l’Eglise catholique et de la Foi catholique ?

Il faut croire que oui, sauf à dire que l’Eglise catholique n’est pas fidèle à l’Evangile, ce qui est, pour le coup, ce que disent des Protestants « intransigeants » anti-papistes (l’auteur de ce commentaire à https://reponses-catholiques.fr/loecumenisme-est-il-evangelique/ en a ajouté un autre sur le dialogue inter-religieux mais ce dernier ne comportait pas de question. Selon notre mode de fonctionnement, nous n’y répondons donc pas).

Que des Protestants soient engagés dans l’œcuménisme et aient tenté de le penser, personne ne dira le contraire. Que le XXe siècle ait vu un tournant dans la méthode de l’œcuménisme, privilégiant la mise en commun de ce qui rapproche, c’est indéniable. Et pour rapprocher les points de vue, il faut prendre l’autre à égalité de niveau, autrement, on est dans une logique de soumission, pas de rapprochement.

Le XXe siècle a vu le christianisme attaqué par les idéologies athées, le nazisme, le communisme, et maintenant l’islamisme, le wokisme, l’écologie profonde, le transhumanisme. Ses adversaires ne se préoccupent guère d’avoir affaire à des catholiques, Protestants ou Orthodoxes. La réponse doit donc venir d’une union entre toutes les confessions chrétiennes, ce qui suppose qu’elles travaillent à ce qui les rapproche et laissent pour plus tard les sujets de division. Défendre les chrétiens d’Orient face au djihadisme, cela suppose un esprit profondément œcuménique. Militer pour la vie en coopération avec des évangéliques, idem. Faudrait-il en conclure que défendre la liberté et la dignité des chrétiens, ou s’opposer à l’avortement, c’est être « propice à la perte de goût pour le maintien en vie de l’explicitation de la spécificité de l’Eglise catholique et de la Foi catholique » ? Ce n’est pas catholique de défendre les tout-petits sous prétexte que des évangéliques signent les mêmes pétitions et vont aux mêmes manifestations ? Protester contre les crucifixions de chrétiens assyriens, le viol de jeunes filles coptes ou la vente de grecs-orthodoxes comme esclaves, ce n’est pas catholique ?

Nous avons largement décrit la catastrophe qu’a été le manque d’œcuménisme entre les chrétiens d’occident et Constantinople. A l’inverse, si, en plus des Polonais, des organisations catholiques n’avaient pas aidé des dissidents orthodoxes et des pasteurs est-allemands, comment le communisme se serait écroulé ?

Cette approche politique n’est pas la seule. Ce n’est pas Schleiermacher qui a inventé l’œcuménisme. C’est le Christ dans sa prière pour l’unité. C’est, à sa suite, les Pères qui ont intégré dans le canon des Ecritures tant les textes pétriniens (Evangile de St Marc, Epîtres de St Pierre) que pauliniens, ou johanniques. Pourtant, ces communautés étaient gravement antagonistes. Elles avaient des christologies et des ecclésiologies largement plus divergentes que les différences actuelles entre catholiques et orthodoxes. Pourtant, l’unité et la communion ont pu se faire, sans que cela empêche l’autorité de Pierre de se stabiliser.

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