L’oecuménisme est-il évangélique? (2/3)

Je me pose de plus en plus de question : je suis dans un foyer du Chemin neuf et j’ai fait des retraites avec eux et cela m’a rendue très énervée contre eux et je me suis posé beaucoup de question envers toutes les bases de la foi que je connais. Beaucoup d’incompréhensions dans leurs discours qui me posent un tas de questions Je me pose la question de plus en plus comment Dieu peut-il être juste et miséricordieux à la fois ?? Je n’arrive pas à comprendre : enfaite je trouve qu’il y a un grand écart entre les mouvements charismatiques ( le Chemin Neuf) : qui voient Dieu comme quelqu’un de miséricordieux, peu importe nos erreurs ils nous pardonnent .Et d’un autre côté les tradis ( Fraternité Saint Pierre); qui voient Dieu comme quelqu’un qui est juste : qui nous pardonnent mais qui ne nous fait prendre conscience de nos fautes. Pourquoi certaines personnes ne croient pas en la totalité de la Bible ? Pourquoi des communautés tendent au progressisme ? Pourquoi certaines communautés remplacent des prêtes par des femmes ? Alors que l’évangile dit clairement que ce rôle revient aux hommes. Une amie me demande de lui prouver en quoi être catholique signifie être pro-vie. Pourtant les textes de l’Évangile sont très clairs sur ce sujet. Enfin je me demande commment l’Esprit Saint agit en nous ? Comment être sûre que c’est bien l’Esprit Saint ? J’ai l’impression qu’il y a énormément de derives avec l’Esprit Saint certains ne font que l’invoquer. Par la suite est ce que l’Évangile demande l’oecuminisme.Il me semble que non. Alors comment cela se fait-t-il que des communautés oecumiques existent-elles ?? Pourquoi certaines communautés tendent tant à s’éloigner des vraies valeurs de la Bible ? Pourquoi ont-elles tant de tolérance et d’acceptation pour la société actuelle ? (2/3)

Sur l’œcuménisme, il est piquant de recevoir cette question en pleine Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Cf. nos articles https://reponses-catholiques.fr/mortalium-animos/, https://reponses-catholiques.fr/unite-des-chretiens/ et à ceux auxquels ils renvoient.

Comme nous le disons dans ces publications, l’Evangile demande bien l’œcuménisme, c’est même la prière du Christ en Jn 17. Et l’œcuménisme fait bien partie du Magistère de l’Eglise, encore faut-il le connaitre et ne pas s’arrêter aux années 50 avant de « s’énerver ». Par exemple, c’est un Pape qui a excommunié un patriarche de Constantinople, c’est un autre pape qui a levé l’excommunication, dans le cadre du dialogue œcuménique.

Mais, comme dans l’article précédent, examinons les conséquences du refus de l’œcuménisme :

  • Si le pape et le patriarche ne s’étaient pas mutuellement excommuniés mais avaient tenté un dialogue oecuménique, il n’y aurait pas eu de schisme avec les orthodoxes, les croisés n’auraient pas pillé Constantinople en 1204 au lieu de combattre les musulmans et libérer les chrétiens d’Orient et les orthodoxes ne seraient pas encore en 2022 à reprocher aux catholiques ces massacres. Ils auraient accepté les décisions du Concile de Florence sur le Filioque et le schisme aurait été résolu. Du coup, les Ottomans n’auraient pas pris Constantinople en 1453 sans que les catholiques occidentaux ne lèvent le petit doigt pour aider les Byzantins, et Erdogan n’aurait pas transformé Ste Sophie en mosquée
  • Quand des Coptes sont égorgés par l’Etat islamique parce qu’ils ne renient pas leur foi ou les chrétiennes Assyriennes vendues comme esclaves, il faudrait estimer que cela ne regarde pas les catholiques parce que ce sont des hérétiques et des schismatiques, voire les deux ?
  • Il n’aurait pas fallu soutenir et participer aux veillées qui ont provoqué la chute du Mur de berlin organisées par les pasteurs de l’église de la Trinité de Leipzig parce que ce sont des Protestants ?
  • La question évoque l’opposition à l’avortement. Qui s’oppose le plus à l’avortement ? Les chrétiens : catholiques mais aussi orthodoxes et évangéliques. Il ne faudrait pas militer avec eux contre l’avortement et prendre des positions communes comme ils l’ont fait sur l’euthanasie ?

Le Pape François parle de « l’œcuménisme de sang ». Puisse cette semaine de prière pour l’unité nous rendre solidaires entre chrétiens.

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Commentaires

  1. Ami de St François de Sales

    Sur le dialogue avec les orthodoxes, 1054 n’est que l’aboutissement d’un très long processus. Ce qui complique l’affaire, c’est que sous la pointe du Filioque se cache un iceberg inavoué. Et dans cet iceberg on trouve du culturel, du politique et un peu de religieux.

    Fondamentalement, les Grecs ne se sont jamais remis d’avoir été conquis par les Romains (en 2005 en Crète, une carte murale dans un restaurant affichait encore fièrement l’empire romain d’Orient sous le nom… d’empire grec !). Le rôle religieux assumé par l’empereur en Orient a conduit celui-ci à prendre position dans des querelles théologiques (monophysisme, iconoclasme…). Parfois en croyant trancher dans le sens de l’équilibre, il créait une 3e tendance qui entrait en conflit avec les 2 antagonismes qu’il essayait de résoudre. Or l’Occident, sans empereur, ne vivait pas au même rythme et écoutait le pape, seule autorité morale restante (avant que Charlemagne n’intervienne lui aussi).

    Dès la première croisade, les Grecs se sont défiés des croisés qu’ils voyaient comme des chiens dans un jeu de quilles. Rapidement, les croisés ont soupçonné – à raison semble-t-il – les Grecs de donner aux musulmans les informations leur permettant de tendre des embuscades aux croisés.

    Enfin, les quelques décideurs byzantins qui ont accepté des accords avec l’Eglise latine ont dû faire face à des coups d’Etat et/ou des émeutes à Constantinople. La chauvinisme politico-religieux se porte bien en Orient.

    Quant à dire que les catholiques n’ont pas levé le petit doigt pour aider les orthodoxes, à cause du schisme : c’est plus compliqué que cela. Du VIIe au XIe siècle, il n’y avait encore qu’une Eglise. Et pourtant les chrétiens d’Occident n’ont pas pu aider ceux d’Orient. D’une part ils avaient leurs propres difficultés (guerres entre royaumes, invasions vikings…) et une absence totale de logistique permettant d’aller aussi loin que Jérusalem en nombre. Il fallait aussi que les orthodoxes soient d’accord (il y a eu des escarmouches entre carolingiens et byzantins dans la région de l’actuelle Croatie, avant que les deux conviennent de créer une zone tampon : l’actuelle Bosnie). Pas si simple.

    Donc 1054 et 1204 ont été des dates funestes, mais l’aboutissement de logiques longues de plusieurs siècles. Le dialogue oecuménique est nécessaire et il faut bien commencer quelque part. Il faut aussi s’armer de patience.

    PS : attention à votre vocabulaire : “il est piquant de recevoir cette question pendant la semaine de l’unité”. “Piquant” est-il ironique ? Reprochez-vous sérieusement à une internaute de ne pas s’être imprégnée de tous vos articles avant de poser la question ? Moins ambigü : “il est tout à fait à propos de recevoir cette question pendant l’unité des chrétiens”. Pourquoi persister à vouloir humilier ceux qui osent vous poser des questions, alors que vous dites être un site pour répondre aux questions ?

  2. Yves Gersant

    Il est aussi “piquant” de constater que l’œcuménisme, tel qu’on le conçoit actuellement ne semble malheureusement pas s’appliquer aux catholiques traditionalistes, qui sont souvent traités comme des pestiférés, ainsi que semble le confirmer et en témoigner interprétations et applications de traditionis custodes. Ces gens-là aimeraient sans doute beaucoup recevoir le même accueil bienveillant réservé à tous les autres Chrétiens, qui ne sont pas plus fans de Vatican II ou de certaines dérives liturgiques. Sans doute ont-ils le tort d’être catholiques, quand l’Eglise serait surgie du néant en 1963. Prions pour les générations d’hérétiques qui se sont succédées depuis 1963 ans !
    Force est aussi de constater que cet œcuménisme est malheureusement moins axé sur l’accueil au sein de l’Eglise, une, sainte, catholique, et apostolique que sur un certain relativisme où “tout le monde il est beau, tout le monde il a raison”, dont on aura beaucoup de mal à me démontrer l’inspiration évangélique. On est souvent bien loin de “hors l’Eglise, point de salut”.
    Le dialogue et le consensus sur le plus petit dénominateur commun ne suffisent pas à constituer l’œcuménisme véritable.

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