Oecuménisme et correction fraternelle

Sur le dialogue avec les orthodoxes, 1054 n’est que l’aboutissement d’un très long processus. Ce qui complique l’affaire, c’est que sous la pointe du Filioque se cache un iceberg inavoué. Et dans cet iceberg on trouve du culturel, du politique et un peu de religieux. Fondamentalement, les Grecs ne se sont jamais remis d’avoir été conquis par les Romains (en 2005 en Crète, une carte murale dans un restaurant affichait encore fièrement l’empire romain d’Orient sous le nom… d’empire grec !). Le rôle religieux assumé par l’empereur en Orient a conduit celui-ci à prendre position dans des querelles théologiques (monophysisme, iconoclasme…). Parfois en croyant trancher dans le sens de l’équilibre, il créait une 3e tendance qui entrait en conflit avec les 2 antagonismes qu’il essayait de résoudre. Or l’Occident, sans empereur, ne vivait pas au même rythme et écoutait le pape, seule autorité morale restante (avant que Charlemagne n’intervienne lui aussi). Dès la première croisade, les Grecs se sont défiés des croisés qu’ils voyaient comme des chiens dans un jeu de quilles. Rapidement, les croisés ont soupçonné – à raison semble-t-il – les Grecs de donner aux musulmans les informations leur permettant de tendre des embuscades aux croisés. Enfin, les quelques décideurs byzantins qui ont accepté des accords avec l’Eglise latine ont dû faire face à des coups d’Etat et/ou des émeutes à Constantinople. Le chauvinisme politico-religieux se porte bien en Orient. Quant à dire que les catholiques n’ont pas levé le petit doigt pour aider les orthodoxes, à cause du schisme : c’est plus compliqué que cela. Du VIIe au XIe siècle, il n’y avait encore qu’une Eglise. Et pourtant les chrétiens d’Occident n’ont pas pu aider ceux d’Orient. D’une part ils avaient leurs propres difficultés (guerres entre royaumes, invasions vikings…) et une absence totale de logistique permettant d’aller aussi loin que Jérusalem en nombre. Il fallait aussi que les orthodoxes soient d’accord (il y a eu des escarmouches entre carolingiens et byzantins dans la région de l’actuelle Croatie, avant que les deux conviennent de créer une zone tampon : l’actuelle Bosnie). Pas si simple. Donc 1054 et 1204 ont été des dates funestes, mais l’aboutissement de logiques longues de plusieurs siècles. Le dialogue oecuménique est nécessaire et il faut bien commencer quelque part. Il faut aussi s’armer de patience. PS : attention à votre vocabulaire : “il est piquant de recevoir cette question pendant la semaine de l’unité”. “Piquant” est-il ironique ? Reprochez-vous sérieusement à une internaute de ne pas s’être imprégnée de tous vos articles avant de poser la question ? Moins ambigü : “il est tout à fait à propos de recevoir cette question pendant l’unité des chrétiens”. Pourquoi persister à vouloir humilier ceux qui osent vous poser des questions, alors que vous dites être un site pour répondre aux questions ?

Il nous a semblé intéressant de citer en entier le commentaire de cette question, car il apporte des compléments utiles à notre article https://reponses-catholiques.fr/loecumenisme-est-il-evangelique/. D’autant qu’il confirme dans les grandes lignes nos propos : les divisions dans l’Eglise et l’absence de dialogue œcuménique engendrent des catastrophes pour les chrétiens. Nous insistons quand même sur le fait que, si les Byzantins avaient reçu une aide sérieuse des Latins en 1453, le cours de l’histoire aurait pu être changé à Constantinople.

Le post-scriptum nous donne aussi l’occasion d’une réflexion sur la fraternité et la correction fraternelle, entre catholiques, cette fois. Car l’auteur de la question de https://reponses-catholiques.fr/loecumenisme-est-il-evangelique/ a sans doute l’excuse de la jeunesse. Elle s’expose néanmoins à des déconvenues dans la vie, si elle est « très énervée » contre ceux qui l’hébergent et qui l’accompagnent spirituellement. Qu’on nous croit ou non, nous pouvons garantir à nos lecteurs que l’appétence à « l’énervement » dans les maisons religieuses est très, très faible. De même, aller dire qu’ils ne croient pas « en la totalité de la Bible » quand, par les propos même qu’on tient, on montre qu’on ne la connait pas si bien que ça, ce n’est pas honorer la vertu de prudence. Tout comme raconter que ces communautés « remplacent les prêtres par des femmes » montre qu’on ne maîtrise pas trop l’ecclésiologie, ni les ministères dans l’Eglise. Alors nous répondons volontiers à des questions, ce qui implique d’enseigner ceux qui ne savent pas, mais aussi d’avertir ceux qui se trompent. Ce sont là des œuvres de Miséricorde, telles que le Catéchisme les définit.

Ce qui nous amène à faire remarquer que parler d’ « humilier » les autres en corrigeant notre vocabulaire et en réécrivant nos textes, et cela sur plusieurs questions, suggère d’évoquer la paille et la poutre dans l’œil de chacun. Voilà, en tous cas, une réponse qui nous semble « catholique ».

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