Opportunisme ou différences de réception de la théologie?

J’ai 74 ans. Dans mon enfance on avait une conception de Dieu assez triomphaliste : “Parle, commande, règne”, etc. On mettait l’accent sur l’amour, mais aussi le jugement. Maintenant, les églises se sont vidées et on met l’accent sur l’humilité de Dieu, son amour, sa proximité, son acceptation de l’échec : “…trouvera-t-il la foi sur terre ? “. N’y-a-t-il pas un brin d’opportunisme dans cette évolution, une adaptation de nos conceptions à notre situation ?

Cette question soulève de façon intéressante ce que les théologiens appellent « les conditions de réception » d’une affirmation théologique. Des articles de foi peuvent être vrais et faire partie du Magistère, si les conditions pour qu’ils soient reçus par les chrétiens ne sont pas réunies, ces derniers auront beaucoup de mal à y croire.

A l’inverse, des points qui font longtemps débat sur le plan doctrinal seront parfaitement acceptés par les fidèles, bien avant que le débat théologique soit tranché. Le meilleur exemple est l’Assomption de Marie, à laquelle de nombreuses personnes ont cru sans difficulté depuis l’Antiquité, tant chez les Orthodoxes (même s’ils l’appellent « Dormition »), que les catholiques. Mais il a fallu 1950 et le seul engagement de l’infaillibilité pontificale à ce jour, pour que l’Assomption devienne un dogme.

Il est évident que les conditions de réceptions changent à travers les époques et les évolutions des mentalités. C’est pourquoi il nous semble que les inflexions différentes dans le discours pastoral ne tiennent pas forcément de l’opportunisme, avec le soupçon de manipulation qu’il suppose. Mais elles viennent plus vraisemblablement d’un intérêt plus ou moins marqué pour des thèmes théologiques différents. La réception n’est pas la même.

Car, évidemment, les deux sont vrais : Dieu règne, Il parle et jugera le Monde. Mais Il est aussi, par son Incarnation, humble, se révélant tout particulièrement dans la fragilité et même l’échec de la condition humaine.

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Commentaires

  1. Pierre

    La conception ” Janséniste” d’un Dieu tout puissant, qui ordonne du haut des cieux des commandements impossibles et de juge inflexible a la vie dure. Beaucoup de ceux qui ont perdus la foi et déserté nos églises gardent hélas, cette conception erronée que pourtant le Christ, par son incarnation, est venu corriger, préciser, affiner.
    Dieu est Roi: c’est vrai ! (ex. nous le chantons dans les psaumes. Voir Jésus devant Pilate).
    Dieu est Juge: c’est vrai ! Nous le disons dans le Crédo.
    Dieu parle: c’est vrai ! (voir la création dans la Genèse, au Sinaï, au baptême de Jésus … et Il continue de le faire par les Saintes Ecritures, par sa création… )
    Dieu ordonne: c’est vrai ! (Les 10 commandements en sont un exemple).
    Mais il semble que la question a se poser avant tout est : quel Dieu est venu nous annoncer Jésus Christ, quel est le coeur de son message ? et là, nous ne pouvons qu’être d’accord. La grande révélation de Jésus, son enseignement, ses actions, sa vie même nous disent que Dieu est Père, qu’Il est Amour, et que cet Amour est tellement puissant, tellement infini pour tous ses enfants, qu’Il ne nous a pas refusé le don de son Fils unique, qui pour racheter nos péchés a accepté, par obéissance au Père, de donner sa vie pour nous tous “C’est la miséricorde que je veux et non les sacrifices”
    Nous sommes donc dans ce temps de la miséricorde que le Chris nous a obtenu par son sang. Sachons en profiter pour nous convertir. Le temps de la justice viendra à la fin des temps avec le retour en gloire du Christ. C’est une certitude! L’Eglise n’a jamais cessé de le proclamer, plaise à Dieu qu’Il nous trouve alors en état de grâce, travaillant à sa vigne, la lampe allumé.

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