Pourquoi des pasteurs infidèles à la foi catholique ?

Dans le contexte de la remédiation à la crise de l’Eglise catholique, qui découle d’un déficit ou d’une distorsion sans précédent de la connaissance, de la compréhension, de la préservation, de la propagation, de la réception et de la transmission du contenu de la foi catholique, nous avons besoin de prêtres qui fassent connaître, qui fassent comprendre, qui fassent aimer le vocabulaire et les argumentaires indispensables à la SURVIE de la foi catholique, en tant que surnaturelle, théologale, et pensée puis vécue en Jésus-Christ et dans l’Eglise. En d’autres termes, nous avons besoin de prêtres qui connaissent, qui comprennent et qui aiment, entre autres textes fondamentaux, le Catéchisme de l’Eglise catholique de 1992, le Compendium du Catéchisme de 2005, et le Directoire sur l’homélie de 2014, ce document comportant des liens de correspondance très intéressants entre les paragraphes du Catéchisme de l’Eglise catholique et les textes de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament lus le dimanche pendant la messe. Comment se fait-il que tant d’homme d’Eglise multiplient les expressions et les omissions qui amènent à penser qu’ils méprisent ou, en tout cas, négligent ces trois documents absolument fondamentaux ?

C’est une question vieille comme l’Eglise, et même vieille comme la Révélation divine. Pourquoi Israël s’engage à suivre les commandements du Seigneur (Pentateuque puis Livre de Josué) et les viole continuellement ? Pourquoi faut-il continuellement des prophètes et des voyants (Daniel) pour rappeler les commandements ? Pourquoi les martyrs des deux Livres des Maccabées sont d’abord victimes des compromissions de certains grands prêtres avec l’occupant macédonien païen ?

La litanie pourrait se poursuivre avec l’Eglise et, depuis ses débuts, le « mépris » d’hommes d’Eglise et de catholiques en général s’appuie sur deux fléaux qui se rejoignent dans un troisième : la compromission, l’intransigeance, conjugués à l’appétit de pouvoir.

Judas trahit l’Evangile et Celui qui l’annonce par refus de les comprendre. On ne sait pas quelles étaient exactement ses motivations mais le fait qu’il soit surnommé « Iscariote », traduisant « sicaire », laisse penser qu’il était proche des milieux intransigeants prônant une lecture intégriste de la Torah et la lutte armée contre les Romains.  Dans les Actes des Apôtres, les judaïsants autour de Jacques tentent de torpiller les réformes pétriniennes et pauliniennes en imposant une pratique intransigeante de la Torah, même pour les chrétiens d’origine païenne. On voit dans la grave querelle entre St Paul et St Pierre à Antioche (Epître aux Galates) que Pierre a failli basculer dans leur camp. Heureusement pour l’Eglise, Jacques, à la réunion de Jérusalem d’Ac 15 prend une position plus modérée que ses partisans.

On peut voir le schisme orthodoxe comme étant d’abord un problème de pouvoir, les patriarches orientaux refusant l’obéissance à celui de Rome et l’Empereur de Constantinople n’arrangeant pas les choses. Ou l’imposition par l’entourage de Charlemagne du Filioque  comme une position intransigeante, les Orthodoxes étant prêts à accepter la formule « Il procède du Père par le Fils ». Puis l’intransigeance orthodoxe en refusant les conclusions du Concile de Florence au XVe siècle, qui proposait à nouveau les deux formulations, toutes les deux justes théologiquement et acceptables tant par les catholiques que les Orthodoxes.

Bref, compromission et intransigeance sont la cause de tous les schismes et de toutes les hérésies. Schismes et hérésies sont, le plus souvent, créés par des personnes catholiques au départ. Les intransigeances de Novatien ou de Donat ont provoqué des schismes. Les compromissions d’Arius avec ce qui semblait acceptable pour un esprit gréco-romain ont été un danger mortel pour le catholicisme. Les compromissions des Protestants avec l’esprit du monde ont eu les conséquences que l’on sait. L’intransigeance des lefebvristes a provoqué un schisme dont on subit encore douloureusement les conséquences tandis que les compromissions de la Théologie de la Libération avec le marxisme a donné lieu à de graves dérives.

C’est donc un peu la même histoire qui se répète, avec, à chaque fois, l‘enjeu du pouvoir et le refus d’obéissance au Pape. Et derrière ce refus, à la racine, encore plus que la méconnaissance des documents du Magistère cités dans la question, c’est le refus de l’Evangile qui se manifeste.

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Commentaires

  1. Je pense, mais qui suis-je ? que vient s’y ajouter l’imperfection de l’immédiateté pour les uns et les autres qui donne à chacun une courte vue du maillage des tenants, aboutissements et priorités de chacun des autres. C’est ce que nous découvrons scientifiquement depuis la fin du XIXe, la “diktyocénie” (de diktyo réseau) de la complexité, s’étendant aujourd’hui à la multitude du “pro multis” à travers le “per machina” de l’internet et le “plus machina” de l’adjuvance numérique. Nous sommes depuis Einstein dans un espace à quatre dimensions physiques, mais depuis toujours le temps a été pris en compte à travers la “Tradition” qui nous rend contemporains de tous et même de nos “avant”, ce qu’Ampère appelle le “mnème” l’ensemble des traces de notre passé qui affleure notre présent et conditionne nos possibles. La synodalité c’est sans doute de prendre en compte nos mnèmes communs et celui de l’Eglise.

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