Sauver la proposition de l’autre et ironie

Vous pourriez dire la même chose, sans condescendance, ça marche aussi et c’est plus charitable. Une piste à suivre pour votre carême ?

Cette question rebondit sur notre article https://reponses-catholiques.fr/leglise-dit-elle-quelque-chose-sur-la-guerre/. Rappelons qu’entre-temps, le Pape a consacré la Russie et l’Ukraine au Coeur immaculé de Marie. C’est aussi l’occasion de revenir sur un concept de la vie spirituelle et sur une encyclique importants quant aux relations entre un fidèle et l’Eglise. Car, de deux choses l’une :

1° Soit la question de cet article, « Depuis le début de la guerre je n’ai pas entendu le pape ? Que fais cette église ? » est une simple question sans arrière-pensée, son auteur recherchant juste des informations. Dans ce cas, il n’y a pas de raison de ne pas prendre notre réponse aussi au premier degré, interrogeant seulement l’interlocuteur sur ce qu’il sait ou non des actions du Pape et de l’Eglise sur la guerre en Ukraine. C’est ce que St Ignace de Loyola appelle « sauver la proposition de l’autre » : voir le plus positif dans les propos d’autrui, et présupposer que ce qu’il dit est censé et digne d’intérêt, avant de songer à le critiquer.

2° Soit la question est une critique du Pape et de l’Eglise, ce qu’il nous semble difficile de nier. Demander « Que fait cette Eglise ? » n’est-ce pas manifester de la « condescendance » ? Dans ce deuxième cas, « sauver la proposition de l’autre » serait de présupposer que l’Eglise agît. En tous cas, notre réponse sous forme de questions est une manière moins agressive de répondre à une attaque. Car nous ouvrons la possibilité à la personne de répondre « Oui ». Oui, elle a jeûné et prié pour l’Ukraine le Mercredi des Cendres, oui elle écoute les Angelus et les audiences générales, oui elle a donné à des ONG catholiques pour l’Ukraine etc. Autrement dit, oui sa proposition peut être sauvée.

En revanche, si une question n’est pas une simple demande d’information mais une critique, on entre dans le champ de la controverse. Et si la critique est manifestement infondée, l’ironie est une réponse un ton en dessous à la calomnie.

Ce qui nous renvoie au Magistère de l’Eglise. Dans l’encyclique Veritatis splendor, St Jean-Paul II développe l’attitude juste en cas de désaccord entre la conscience et l’Enseignement de l’Eglise. La conscience est l’instance ultime de décision d’un chrétien. Mais elle doit être « formée » et « conformée » – c’est bien le mot employé – à la doctrine catholique. Ce qui suppose de se renseigner, de poser des questions, de chercher à comprendre (donc sauver la proposition) les actions et paroles de l’Eglise, de parler avec des personnes formées et habilitées pour cela (prêtre, accompagnateur spirituel, théologien, catéchiste, au minimum un catholique pratiquant bien formé). Ce n’est qu’une fois ce travail de fond réalisé que la conscience sera éclairée et que la personne pourra se forger une opinion.

Par ailleurs, nous approuvons sans réserve la proposition de charité et de combat contre la condescendance comme piste de Carême. Nous avons confiance que son auteur en tirera le plus grand profit spirituel. Et enfin, nous remercions avec gratitude le lecteur qui, à l’heure où nous écrivons, nous a crédité d’une note de cinq étoiles à l’article https://reponses-catholiques.fr/leglise-dit-elle-quelque-chose-sur-la-guerre/.

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