Toujours la mantille

La référence au voile imposé par st Lin est issu le Liber Pontificalis (qui est une référence catholique), tradition reprise par Dom Gueranger dans son Année Liturgique (qui est reconnu pour avoir été un historien rigoureux), et pratique qui a toujours été celle de l’Église jusqu’à la réforme du code de droit canon = voir canon 1262 du code de 1917 : “Quand ils assistent aux fonctions sacrées, spécialement à la messe, soit à l’église, soit au dehors, les hommes doivent être tête nue, à moins que les circonstances contraires (par exemple, la maladie) ou que les usages particuliers (par exemple, les règlements militaires) n’exigent qu’ils restent couverts ; quant aux femmes, elles doivent avoir la tête couverte et être vêtues modestement, surtout quand elles s’approchent de la sainte table.” Le saint Padre Pio ayant confirmé ce passage et précisé ce que l’Eglise entendait par “modestement vêtue” (allant jusqu’à refuser la communion à celles qui portaient des pantalons ou jupes trop courtes, ne serait-ce qu’en privé). Or le Padre Pio ce n’est pas l’antiquité… Ainsi, quelque chose qui a été cru toujours partout et par tous c’est ce que l’Eglise appelle la Tradition d’après Saint Vincent de Lérins. Et surtout l’interprétation du passage de Saint Paul semble avoir été compris dans ce sens pendant près de 2000 ans… Ne pouvons-nous pas conclure, a ce stade, que l’Eglise tolère plus qu’elle n’encourage les femmes à se découvrir la tête dans les lieux saints ? En tout cas je préfère croire à 20 siècles d’église (papes, docteurs, mystiques et saints) que 50 ans d’exégètes modernes…

 

Nous terminions notre article https://reponses-catholiques.fr/encore-la-mantille/ sur lequel ce commentaire pose une question par la pertinence de se former en théologie et histoire de l’Eglise. En voici une bonne illustration.

 

Car, pour commencer, Wikipedia nous informe dans https://fr.wikipedia.org/wiki/Liber_Pontificalis que « compilé à Rome… à partir du VIe siècle et qui s’arrête au IXe siècle1. (…) Ses données doivent être reçues avec prudence, surtout pour la période antérieure à sa première rédaction qui reflète surtout l’état des connaissances de ceux qui l’ont écrit.» En revanche, la Lettre à Diognète, qui date du début du IIe siècle (voire fin du Ier), nous dit que les chrétiens s’habillent comme tout le monde. Et, nous avons déjà montré que le port du voile dans l’Antiquité gréco-romaine était courant mais loin d’être systématique et que c’était un sujet de débat dans l’Eglise.

 

Deuxièmement, avec la dévotion filiale que nous avons pour Padre Pio, nous nous demandons ce qu’il aurait fait pour des pèlerines vietnamiennes ou pendjabies dont le pantalon avec une tunique est l’habit traditionnel. Il leur aurait refusé la communion ? Et comment pouvait-il savoir si une femme porte un pantalon « en privé » ? (cf. notre série d’articles https://reponses-catholiques.fr/les-femmes-leglise-et-les-pantalons/; https://reponses-catholiques.fr/les-femmes-qui-portent-le-pantalon-sont-elles-damnees/; https://reponses-catholiques.fr/lecriture-le-magistere-et-toujours-le-pantalon/). Et qu’aurait-il fait pour un Ecossais en kilt ou un Japonais en kimono ? Par ailleurs, le climat est plutôt clément à San Giovanni Rotondo. Peut-on s’attendre qu’une Sibérienne par – 40° C soit habillée comme une Cubaine ? Il n’y a rien de plus contextualisé culturellement que l’habillement donc ce qui se faisait à San Giovanni Rotondo jusqu’aux années soixante ne nous concerne pas beaucoup.

Ensuite, oui, « quelque chose qui a été cru toujours partout et par tous c’est ce que l’Eglise appelle la Tradition d’après Saint Vincent de Lérins ». Mais il parle de dogmatique. L’habillement n’est certainement pas un dogme de foi catholique et nous défions le lecteur de trouver un texte du Magistère à ce propos. A l’inverse, n’oublions pas que c’est ce genre d’arguments qui a fait condamner Ste Jeanne d’Arc parce qu’elle ne courait pas les routes contre l’Anglais en mantille (qui, d’ailleurs, n’existait pas).

 

A ce propos, si  « l’interprétation du passage de Saint Paul semble avoir été compris dans ce sens pendant près de 2000 ans… En tout cas je préfère croire à 20 siècles d’église (papes, docteurs, mystiques et saints) que 50 ans d’exégètes modernes…» C’est ennuyeux parce que, d’une part, la mantille n’existe que depuis cinq siècles. C’est donc une dangereuse innovation moderne par rapport aux 1500 ans d’exégèse qui l’ont précédée. D’autre part, l’objection peut être faite à chaque siècle. Les intuitions géniales de St Augustin n’étaient pas du copier-coller des quatre siècles précédents. Celle de St Thomas d’Aquin ne l’étaient pas vis-à-vis des douze siècles précédents. Et celles de Benoît XVI en exégèse ont été faites ces cinquante dernières années. L’auteur de la question va-t-il dire à Benoît XVI de se taire ? Ce qu’il dit est très grave car, à ce compte-là, on ferme les facultés de théologie et plus personne ne fait de thèse de doctorat en Bible. L’exégèse est une science sérieuse qui demande des compétences en langues anciennes et une mauvaise traduction du grec peut entrainer des catastrophes. C’est ce que nous avons montré.

 

« Ne pouvons-nous pas conclure, à ce stade, que l’Eglise tolère plus qu’elle n’encourage les femmes à se découvrir la tête dans les lieux saints ? ». Non, nous ne pouvons pas conclure cela car, comme disait Claudel, « La tolérance, il y a des maisons pour cela ». Et l’Eglise n’en est pas une. Elle a une Ecriture et un Magistère qui ne disent nulle part qu’il est obligatoire pour une femme de porter une mantille et un Code de droit canonique qui n’en fait pas obligation. Du coup, nous ne voyons pas la pertinence de faire référence à un code qui n’est plus en vigueur.

 

Et si « Quand ils assistent aux fonctions sacrées, spécialement à la messe, soit à l’église, soit au dehors, les hommes doivent être tête nue », pourquoi les clercs portent-ils des calottes depuis le Moyen-Age pour protéger leur tonsure du froid ? Ce ne sont pas des militaires, que nous sachions ? Pourquoi les hommes peuvent se protéger du froid et les femmes crever de chaud en mantille pendant la canicule ?

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Commentaires

  1. Guillaume

    “Nous terminions notre article sur lequel ce commentaire pose une question par la pertinence de se former en théologie et histoire de l’Eglise. En voici une bonne illustration.”
    => Pourquoi vous en prendre à ma formation en théologie et en histoire de l’Église ? Je me forme certes seulement depuis 2014, j’ai suivi un cursus universitaire, j’ai été catéchiste pour adultes et j’enseigne actuellement dans le secondaire. Certes c’est relativement modeste comme bagage mais je ne crois pas être dépourvu de méthodologie. En tout cas les autorités religieuses qui m’entourent, m’ont toujours fait confiance pour transmettre la doctrine.

    “Les chrétiens doivent s’habiller comme tout le monde”
    => Certes, mais cela veut il dire que je doive sortir en sous vêtements sous prétexte que mes contemporains sont de moins en moins vêtus et qu’il faille s’habiller comme tout le monde ?
    Cela rejoint votre propos sur les femmes et la canicule: outre qu’il soit pourtant conseillé de sortir la tête couverte en cas de fortes chaleurs (dans tous les pays où il fait très chaud hommes et femmes se couvrent pour se protéger du soleil), nos contemporains supportent de moins en moins les vêtements au delà de 25 degré : va t on autoriser les maillot de bain à l’église pour ne pas laisser les pauvres fidèles “crever de chaud”? C’est absurde.
    La crise touche aussi et avant tout les moeurs de notre époque. Ne faisons donc pas dire à l’auteur anonyme de l’épitre à Diognète ce qu’il ne dit pas.

    Concernant le pantalon et le kilt: le padre Pio ne condamnait pas le pantalon en soi bien entendu mais les vêtements immodestes (jupes courtes, jeans moulants) ainsi que les femmes en vêtements masculins et inversement.
    Comment le savait il même si portés en privé? Visiblement par la grâce de Dieu et sa communication avec les anges! En tout cas d’après le témoignages de ces fils et filles spirituels qui rapportent eux même ces faits, et par les nombreux miracles qui l’ont entourés toute sa vie durant.
    Or concernant le kilt ou le kimono, ce sont des pratiques effectivement culturelles, et il existe bien une façon spécifique de porter le kimono pour un homme qui diffère de la femme au Japon par exemple.
    En revanche en occident, les pantalons féminins non moulants sont plutôt rares… Et c’est surtout une innovation du xxe siècle créée pour effacer les différences de genre (d’après leurs inventeurs eux même et les cours d’histoire de la mode). Quel rapport avec le kilt ou le pantalon traditionnel vietnamien ?

    Encore une fois que l’Eglise n’impose pas de charge trop lourde à ses enfants et qu’elle ait allégé les obligations dans son nouveau code, c’est tout à son honneur et très maternelle comme sollicitude (elle l’a fait dans d’autres domaines comme le jeune eucharistique ou la communion dans la main); mais ne mettons pas sur un pied d’égalité les moeurs douteuses d’aujourd’hui avec celles qui étaient en vigueurs avant la révolution morale des années 70.
    Certes l’humilité ou la modestie sont des qualités avant tout intérieures mais dont il faut témoigner par des signes extérieurs. Les cas historiques exceptionnelles ne signifient pas qu’il faille vivre tout nu comme ste, ou que ste Jeanne d’Arc était une égérie lgbt avant leur (comme certains se plaise à la dépeindre aujourd’hui…). Toutes les modes ne se valent pas.

    Quant à l’évêque et sa calotte (dont j’ai toujours appris qu’il la portait en signe de son appartenance à la hiérarchie de l’Eglise, mais vous devez avoir vos sources concernant la protection contre le froid…), Il se découvre au moment de la consécration.

    Concernant la mantille vous revenez souvent dessus mais mon intervention ne portait pas sur elle spécifiquement, pourquoi déformer mon propos? Que la mantille n’existe que depuis 5 siècles ne change rien au fait qu’il faille se couvrir la tête à l’Eglise depuis toujours (que ce soit avec un voile, une mantille ou autre)

    Pour terminer, l’exégèse c’est bien évidemment important et nécéssaire mais trop souvent les exégètes modernes cherchent à ranimer des débats justement éteins depuis l’antiquité comme vous le mentionnez… (Mais cela m’intrigue quand même de connaitre vos sources concernant : “nous avons déjà montré que le port du voile dans l’Antiquité gréco-romaine était courant mais loin d’être systématique et que c’était un sujet de débat dans l’Eglise”). Vous parlez comme si l’exégèse actuelle avait définitivement clos le sujet concernant l’interpretation de Saint Paul, mais c’est loin d’être le cas. Des pères grecs aux exégètes melkites contemporains sans oublier beaucoup de nos prêtres occidentaux, asiatique ou africains, ce que l’on peut dire c’est que la question fait encore couler beaucoup d’encre. Débattons en donc cordialement et avec enthousiasme pour l’amour de la vérité !

  2. Nicole

    Plutôt que débattre autant de l’habit dont on sait qu’il ne fait pas le moine
    Il me paraît plus pertinent d’évoquer les qualités qui y étaient attachées, l’humilité certes mais aussi la pudeur, la tempérance.. toutes vertus si peu connues aujourd’hui, surtout si peu valorisées ..
    En ces temps de canicules éprouvantes, le voile en coton léger et coloré des indiennes est bcp plus adapté que bien d’autres préconisés par ailleurs et sur lesquels si l’on n’y prend garde, viendront achopper la tentation intégriste.

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